AMI Labs
Yann Le Cun fait partie des grands architectes de l’intelligence artificielle moderne. Professeur à la New York University, chercheur reconnu internationalement, il a rejoint Facebook en 2013 pour y créer FAIR, devenu ensuite Meta AI, le laboratoire de recherche en intelligence artificielle de Meta.
Pendant plus de dix ans, il a contribué à structurer l’un des laboratoires d’IA les plus influents au monde. Puis, fin 2025, il quitte Meta pour ouvrir un nouveau chapitre : AMI Labs, une start-up cofondée avec Alexandre Lebrun, ancien de Facebook et fondateur de Nabla.
Yann Le Cun — AMI Labs — Rendre l’IA plus humaine
Ce projet ne cherche pas simplement à produire une IA plus rapide, plus bavarde ou plus spectaculaire. L’ambition est différente : construire une intelligence artificielle capable de mieux comprendre le monde réel.
Yann Le Cun critique depuis longtemps les limites des grands modèles de langage, les fameux LLM. Ces systèmes savent produire du texte, répondre à des questions, reformuler, résumer, parfois coder. Mais, selon lui, ils ne comprennent pas vraiment le monde. Ils prédisent surtout la suite probable d’une phrase à partir d’immenses quantités de textes.
Pour Le Cun, l’intelligence humaine — ou même animale — ne fonctionne pas seulement ainsi. Un être vivant observe, anticipe, agit, se trompe, corrige, apprend avec peu d’exemples. Il comprend qu’un objet peut tomber, qu’un geste peut avoir une conséquence, qu’une situation évolue dans le temps.
C’est cette direction qu’explore AMI Labs : développer des modèles capables de se représenter le monde, d’anticiper ce qui peut arriver, et d’apprendre de manière plus proche du vivant.
L’enjeu est considérable. La levée de fonds d’AMI Labs, supérieure au milliard de dollars, montre que cette vision n’est plus seulement une hypothèse de chercheur : elle devient un pari industriel majeur.
Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas seulement la prouesse technique. C’est la question de fond : que veut-on dire quand on parle d’“intelligence” artificielle ?
Une IA qui parle bien est-elle vraiment intelligente ?
Une IA qui calcule très vite comprend-elle ce qu’elle fait ?
Une IA utile doit-elle seulement répondre, ou aussi mieux percevoir, prévoir et s’adapter ?
Avec AMI Labs, Yann Le Cun semble poser une question simple et radicale : et si l’IA actuelle n’était qu’une étape intermédiaire ?
Non pas la fin du chemin, mais le début d’une autre recherche : rendre l’intelligence artificielle moins mécanique, moins limitée au langage, et peut-être un peu plus proche de notre manière humaine d’habiter le monde.